Sequel
Le hasard des modifications de programmes scolaires et des affinités des profs d'histoire fait que j'ai étudié quatre fois la seconde guerre mondiale entre mon école obligatoire et le gymnase.
Quand mon prof d'histoire de dernière année de gymnase a annoncé le sujet à la rentrée, j'étais plus que déçu. Il y a quand même autre chose à étudier dans l'histoire de l'humanité que le génocide de la seconde guerre mondiale quand même !
Mais ce cours a fini par me « surprendre en bien » (comme dit mon papa).
Premièrement parce que mon prof a décidé de se concentrer sur le rôle de la Suisse1 dans la seconde guerre mondiale. Mais aussi et surtout parce qu'il a expliqué pourquoi il voulait aborder ce sujet à nouveau avec nous alors que nous étions maintenant de jeunes adultes (ou de vieux ados). Je pourrais résumer ses arguments en deux mots : « Plus jamais ».
En septembre 2024, Macklemore a sorti, aux côtés de Anees, Mc Abdul et Amer Zahr, un sequel à Hind's Hall2, son morceau créé en soutien aux occupations des universités face au génocide du peuple palestinien par l'état d'Israël.
Il y a un Hind's Hall 2.
Quand j'ai vu le nom s'afficher dans mes suggestions Spotify, je me suis sentie comme anesthésiée. Ce petit 2 après le nom de cette chanson, m'a mise en état de choc.
Le 24 janvier 2025, marquera un an depuis le meurtre de Hind Rajab.3
Il y a un sequel. Comme pour un film d'action dont on se dit qu'on pourrait tirer un autre fil.
Là, les fils ce ne sont pas des histoires alternatives avec des personnages secondaires en tête d'affiche mais des villes détruites, des hôpitaux et écoles bombardées, des personnes déplacées, affamées ou tuées.
Puis dans le menu déroulant Netflix entrain de se créer dans ma tête s'ajoutent d'autres images : Congo, Soudan, Ouïghours, Liban, Kurdistan, Ukraine, Rohingya, Arménie, Yemen, Syrie, ...
Le « Plus jamais » de mon prof d'histoire me parait plus loin que jamais.
If I must die,
you must live
to tell my story
to sell my things
to buy a piece of cloth
and some strings,
(make it white with a long tail)
so that a child, somewhere in Gaza
while looking heaven in the eye
awaiting his dad who left in a blaze —
and bid no one farewell
not even to his flesh
not even to himself —
sees the kite, my kite you made, flying up above,
and thinks for a moment an angel is there
bringing back love.
If I must die
let it bring hope,
let it be a story.
Refaat Alareer, poète, professeur, activiste Gazaouis, tué par une frappe israélienne le 6 décembre 2023.4
Je crois très fort au pouvoir des histoires5, à leur impact sur nos imaginaires, à leur façon de calibrer nos perceptions du monde, de déplacer nos regards et donc notre façon d’imaginer la suite.
A mon échelle, ici, je vous en raconte une petite, avec des petits bouts d’autres histoires: celle de mon prof d’histoire, celle de Hind’s Hall le lieu et des activistes qui lui ont donné son nom, celle de Hind’s Hall le morceau et des artistes qui l’ont créé, celle de Hind Rajab la personne, celle de Refaat Alereer et de ses mots.
Je vous invite à remplir les espaces entre les lignes d’autres histoires6 et à commencer déplacer votre regard et à mettre de l’énergie pour imaginer la (une autre) suite.
A ce sujet, je vous conseille ce super documentaire Temps Présent “L’honneur perdu de la Suisse”. Il a été soumis à une interdiction de diffusion après sa sortie en 1997. C’est seulement depuis 2006 qu’il est à nouveau visible après que la CEDH ait donné raison au journaliste Daniel Monnat.
Le morceau utilise un sample de Ana La Habibi de Fairuz, artiste libanaise.
Le titre de la chanson fait référence à Hind Rajab, une enfant palestinienne de 6 ans, tuée par les forces israéliennes à Gaza le 24 janvier 2024. Les activistes de l’Université de Columbia aux Etats-Unis ont renommé le Hamilton Hall lors de l’occupation de leur université en Hind’s Hall en son honneur.
Si je dois mourir, tu dois vivre pour raconter mon histoire, pour vendre mes affaires, pour acheter un morceau de tissu et des ficelles, (fait-le blanc avec une longue queue) pour qu'un enfant, quelque part à Gaza en regardant le ciel yeux dans les yeux, en attendant son papa qui est parti en flammes - et qui n'a fait ses adieux à personne, pas même à sa chair, pas même à lui-même - voit le cerf-volant, mon cerf-volant que tu as fait, voler là-haut, et pense un instant qu'un ange est là, ramenant l'amour. Si je dois mourir que ma mort soit porteuse d'espoir, que ce soit une histoire.
C’est littéralement la première chose qu’on lit sur mon site mais c’est aussi et surtout le titre de cette conférence de Nathalie Sejean.
Pour celleux qui ne sauraient pas par où commencer, quelques idées (en plus de celles mentionnées dans les autres notes de bas de page) en vrac et sans logique de choix éditoriaux:
Rima Hassan Mobarak, juriste et militante franco-palestinienne, Libérer la Palestine dans le podcast JINS.
Lettre d’une féministe soudanaise aux féministes du monde entier de Alaa Busati.
Que ma mort apporte l’espoir, recueil de poèmes écrits par des Palestinien-nes de Gaza aux éditions Libertalia (merci à Morgane qui me l’a offert).
Les monologues de Gaza, un projet né en 2010 au théâtre Ashtar à Ramallah. A lire, si possible en public et à haute voix (comme Catherine Kunz qui me les a fait découvrir).
Pour celleux qui ont envie d’un documentation approfondie: le rapport d’Amnesty International “On a l’impression d’être des sous-humains” et/ou “Bearing Witness to the Israel-Gaza War” de Lee Mordechai (conseils de lecture de BDS Suisse).

