Mouvement
J'aime quand le mouvement me prend. Quand je n'ai aucune peine à me lever de mon bureau pour aller chercher mon carnet d'idées. Quand ce que j'écris a tellement besoin de sortir que c'est naturel. Quand je pars de chez moi d'un pas enjoué sans réfléchir aux choses oubliées et à celles à faire en rentrant.
Le mouvement c'est mon émotion préférée.
Elle vient de quelque part entre le coeur et le plexus et elle tire vers l'extérieur. C'est l'émotion qui donne envie de danser, de créer, de rire, de vivre.
Pourtant le mouvement c'est pas le truc le plus facile pour moi. Je me sens souvent très proche des biches qui se retrouvent face à une voiture en pleine nuit. J'ai l'impression de comprendre exactement ce qu'elles ressentent. Je connais beaucoup trop bien la sensation de lourdeur, comme si mon bas ventre était rempli de poids, les vieux qu'on utilisait pour les balances.
L'impression que l'air est épais, sentir mes jambes peiner à le pousser pour avancer.
La conscience de la solution « bouger » qui emmêle parfaitement « simple » et « irréalisable ».
La perception que tout est beaucoup trop loin, compliqué, demandant, exténuant.
Pendant longtemps, j'ai forcé le mouvement.
Quand on commence à le forcer c'est un cercle vicieux : on accélère - on force un peu - on a l'impression que si on s'arrête on ne repartira plus jamais, on est trop fatigué d'avoir forcé - freiner devient de plus en plus difficile - on continue à pédaler - à accélérer - on a beau essayer de temps en temps de freiner un peu mais on va trop vite - on pédale pour se donner l'impression de maîtriser et on continue à accélérer.
Dans ces cas-là, la chute est inévitable.
Que ce soit parce qu'on a essayé de freiner ou parce que un obstacle nous a envoyé dans le bas côté, il y a un moment où tout s'arrête.
Ralentir n'est plus une option, c'est tomber et être au sol. Point.
Le mouvement ne peut pas être forcé sinon il se venge.
Par contre on peut peut-être créer les conditions propices à sa naissance.
Trouver le bon biotope et l'entretenir, là entre le coeur et le plexus.

