Corps maison
À quoi ressemblerait ton corps si il était un lieu de vie?
Mon corps, c’est un petit appartement avec des parquets tendus qui craquent et où la lumière entre de travers. Une playlist hétéroclite joue en aléatoire dans la pièce d’à côté.
La playlist ne s’arrête jamais.
Des couvertures bien douces sont entassées dans un coin, un verre de limonade fraîche et un peu sucrée laisse une nouvelle trace de condensation sur la table en bois. Des petits tas de poussière s’accumulent dans les coins, poussés par les courants d’air qui passent par les fenêtres à chaque coup de vent. Ces fenêtres juste assez fines pour entendre la musique des goutes d’eau les soirs de pluie. Quelques plantes vertes survivent malgré un soin sporadique, d’autres sont tout simplement desséchées. De la pièce d’à côté émane le son de l’eau qui bout et les effluves d’une cafetière italienne.
La playlist ne s’arrête jamais. Elle s’allonge.
Souvent, quand le vent se fait trop fort et que l’orage gronde, les fenêtres de la maison craquent et laissent l’extérieur s’engouffrer dans tous les recoins. Les parquets se tendent encore un peu pour ne pas laisser s’infiltrer l’eau. Les feuilles mortes et les herbes folles viennent s’emmêler à la poussière et aux toiles d’araignées retenues par les murs anguleux. La cafetière italienne déborde et l’eau se calcine sur la plaque.
Mon corps maison est perméable.
La playlist ne s’arrête jamais. Dehors on ne l’entend pas.
De l’extérieur on ne voit pas les parquets tendus, les feuilles mortes dans les coins. On ne ressent pas les courants d’air. Mais après les tempêtes, restent aussi les marques des verres de limonades, l’odeur du café et la douceur des couvertures.
Et la playlist ne s’arrête jamais.
Ce texte à été inspiré par le corps maison d’Eugénie dans l’épisode 3 du podcast Épiderme de Pauline Vrolixs

